C’est par ces mots que le président du PS a défini le concept phare de la politique climatique et environnementale du Parti. Il l’a lui-même décrite dans son Manifeste écosocialiste La Vie large publié en 2022. La conférence, modérée par Julie Bott, a permis d’une part de former les participant.e.s aux questions écosocialistes, et d’autre part, d’ouvrir un débat avec le public pour questionner les politiques concrètes et faire part des inquiétudes liées au réchauffement climatique.
L’écosocialisme vu par Paul Magnette : la force du collectif
Monsieur Magnette, qu’est-ce que l’écosocialisme, en quoi cette approche se distingue des autres mouvements écologiques ?
Pour M. Magnette, pour être écosocialiste, il s’agit simplement de comprendre qu’il est possible de tirer de l’histoire du socialisme des enseignements inspirants pour imaginer la société verte de demain car climat et justice sociale sont un même combat, qu’il faut mener conjointement. En effet, si les socialistes ont été pionniers dans la démocratisation du concept de développement durable, popularisé par la première ministre norvégienne Gro Brundtland à la fin des années 1980, il faut à présent passer à « l’étape 2 » de l’écosocialisme pour viser nos objectifs de neutralité carbone pour 2050. « Ce qui est sûr c’est qu’il faudra passer par un changement radical de nos mentalités ».
Pourriez-vous expliquer pourquoi certaines mesures écologiques sont perçues comme impopulaires ?
« Le socialisme est notre moyen de salut ». Pourquoi ? Parce que l’écologie qui culpabilise l’individu rebute, même s’il faut éviter de parler « d’écologie punitive », concept connoté, « que nous laissons volontiers à l’extrême droite ».En effet, le socialisme, « c’est la force du collectif », c’est en socialisant les efforts par le haut que nous nous en sortirons. Et des études le disent : on ne peut pas orienter notre discours que sur les individus, 75% du travail, c’est au niveau des choix politiques et sociétaux que cela se joue (Politique énergétique, de transport, de logement…). C’est tout le sens de l'écosocialisme : l’histoire socialiste est emplie d’expériences dont nous pouvons nous inspirer pour enrayer le changement climatique. Ainsi, on peut favoriser le transport en commun, la rénovation énergétique, verdir notre production électrique. D’ailleurs, Paul Magnette rappelle : « nous avons un exemple parfait dans l’actualité : quand les socialistes sont au pouvoir, la quasi-gratuité des transports est maintenue à Bruxelles et en Wallonie pour les jeunes et les séniors, mais tout cela, c’est politique ! ».
Comment financer la transition climatique et la neutralité carbone ?
« On a fait les calculs, cette transition vers la neutralité en 2050 coûterait 2% du PIB en investissement : soit 12 milliards par an pour la Belgique. C’est-à-dire le coût de la défense ». Il ajoute « Pendant ce temps-là, les dividendes des grandes entreprises et les plus grosses fortunes ont explosé, l’argent, je sais où le trouver ».
Le plan canicule du PS présenté par Wissal Selmi : agir au présent, préparer l’avenir
À la suite des records de chaleur enregistrés dès juin 2026 (plus de 40°c à Houyet le 27 juin, 35° à Bruxelles le 14 août…) et à la gravité de leurs conséquences (2112 morts en plus durant l’été 2026 en Belgique), le PS a tenu à présenter dès le 1er juillet un plan juste et ambitieux pour ne pas rester sans réponse face à la catastrophe en marche. D’autant plus que « les premières victimes sont toujours celles en situation de vulnérabilité” : les personnes âgées, les enfants, les travailleuses et travailleurs exposé.e.s, les personnes malades et les ménages qui vivent dans des logements mal isolés ». Pour Wissal, il serait urgent de tirer les leçons de cet épisode tragique, afin de créer une prise de conscience citoyenne (qui s’est d’ailleurs manifestée lors de la marche du 11 octobre).
Quels sont les risques majeurs liés aux canicules ?
Aujourd’hui, le risque majeur est clairement sanitaire avec une hausse de la surmortalité et de la co-morbidité. Et, ce sont les personnes dans les situations de plus grande vulnérabilité : les personnes âgées, les personnes précaires, qui vivent dans des logements mal isolés, les travailleur.euses dans les secteurs exposés au stress thermique, qui en sont les premières victimes. On le voit donc bien l’action écosocialiste doit à la fois répondre à l’urgence climatique et à l’urgence sociale.
La canicule entraîne également une baisse de la productivité et des pertes économiques liées aux infrastructures endommagées et à l’interruption des services.
Que contient concrètement le Plan canicule du PS ?
Pour à la fois préparer l’avenir tout en apportant des premières réponses, le plan propose des mesures immédiates et des mesures sur le long terme. Ainsi, les objectifs du plan s’articulent autour de 3 axes : a) L’adaptation : protéger immédiatement les citoyens.nes contre les conséquences déjà inévitables et visibles, notamment la canicule ; b) L’atténuation : réduire les émissions de gaz à effet de serre pour limiter l’aggravation future du phénomène et ; c) La justice sociale : faire en sorte que les ménages modestes, les travailleuses et travailleurs et les personnes vulnérables (personnes âgées, nourrissons, etc.) soient les premiers bénéficiaires des mesures.
Ainsi nous pouvons agir rapidement en cartographiant les « refuges fraîcheur » par exemple et en mettant en place des îlots de fraîcheur dans chaque quartier. À plus long terme, des politiques de rénovation énergétique sont indispensables. Trop longtemps, on a pensé les politiques de rénovation énergétique pour répondre aux besoins du chauffage hivernal, or, il faut intégrer le confort d’été dans la réflexion. C’est-à-dire développer les toitures blanches, végétaliser en mettant la priorité sur les logements sociaux et les ménages modestes, qui sont les plus touchés par ces vagues de chaleur. Du côté des transports, il faut mettre en place la gratuité en cas de canicule, pour faciliter l’accès des personnes les plus vulnérables aux lieux frais et limiter parallèlement la pollution. Le plan prévoit également de mettre en place une fiscalité climatique plus juste, certaines pistes envisageables sont une taxation des jets privés ou une contribution exceptionnelle sur les superprofits des entreprises fossiles.
Un temps d’échange fécond et « Sans tabou ! » avec le public
Ne serions-nous pas pénalisés si nous fournissons des efforts que les autres pays ne consentent pas à faire ?
Paul Magnette : Premièrement comme dit plus tôt, la transition, cela ne coûte pas si cher, et surtout c’est un avantage d’être à l’avant-garde. Je suis persuadé que cela n’est pas ainsi qu’il faut réfléchir, nous avons la chance d’avoir une diplomatie climatique internationale, il faut plus que jamais l’investir. Je crois que la Belgique peut être un modèle et créer un effet d'entraînement.
Sur l’échelle de la croissance et de la décroissance, où se situe votre projet ?
Paul Magnette : Je m’attendais à cette question, et elle est intéressante. J’ai un nouveau mot pour qualifier mon projet : celui « d’alter croissance », c’est-à-dire un modèle alternatif de croissance économique. Et ce, car la croissance continue du PIB ne constitue plus un projet politique crédible ni soutenable. Il faut intégrer les crises écologiques et sociales à notre réflexion.
Voici d’ailleurs un sujet que j’aimerais à l’avenir pouvoir amener dans le débat : de tout temps, à commencer par le Néolithique, les humains ont vécu et travaillé en fonction des saisons et de leurs rythmes biologiques. Aujourd’hui, on force nos corps à travailler le même nombre d’heures l’été sous 35 degrés qu’à 20 degrés en mai. Je pense que c’est une question à étudier, pour notre santé et le respect de nos rythmes profonds. Je ne sais pas si cette question prendra un jour dans le débat, car là, on est sur le « level max » de l’écosocialisme…
Quand on est militant, concrètement, comment peut-on agir ?
Wissal Selmi : il est important de diffuser notre message ! Partager le plan, l’expliquer. Il est nécessaire de sensibiliser sur la question climatique, d’avoir un discours porteur d’initiatives et d’espoir. Il faut avoir un propos clair et simple en l’axant sur les co-bénéfices. On oppose toujours les solutions climatiques au pouvoir d’achat et à l’économie, mais chaque solution pour le climat améliore la santé, la qualité de vie et le pouvoir d’achat. Il faut parler de ces co-bénéfices et associer tous les enjeux pour avoir une approche cohérente et transversale.
La clim, une solution ?
Wissal Selmi : Sur la question de la clim, il est clair qu’il y a un débat. Ce qui est sûr, c’est que l’on ne peut pas l’interdire pour ses effets néfastes, ce serait rentrer dans la vie privée des gens. Il s’agit d’une solution efficace à court terme. Mais l’idéal, ce serait de miser sur d’autres moyens plus sobres et d’agir à moyen terme sur l’isolation des bâtiments
Conclusion : plus que jamais “social et écologie, même combat”.
Au terme de cette conférence, un message ressort avec force : pour le Parti Socialiste, la transition écologique ne pourra réussir que si elle est profondément liée à la justice sociale. Loin d’une écologie fondée sur la culpabilisation individuelle ou les sacrifices imposés aux plus fragiles, l’écosocialisme défendu par Paul Magnette et Wissal Selmi se veut un projet collectif, capable de répondre simultanément à l’urgence climatique et aux inégalités sociales.
Qu’il s’agisse de financer la transition, de repenser nos modes de déplacement, de rénover les logements ou encore de protéger la population face aux canicules de plus en plus fréquentes, les réponses avancées reposent sur une même conviction : les défis climatiques appellent des choix politiques ambitieux et solidaires à toutes les échelles. D’autant plus que la Belgique dispose de toutes les ressources pour jouer un rôle de premier ordre dans la transition. Dès lors, c’est en ayant des ambitions élevées que ce pays pourra créer un effet d'entraînement chez ses partenaires européens et internationaux, et c’est pour cela qu’il lui faut une position claire pour la COP 31.
Dans cette perspective, l’écologie n’est pas un combat distinct de celui du socialisme, mais bien son prolongement naturel dans le contexte du XXIe siècle.
Face à l’accélération de la crise climatique, l’heure n’est plus seulement au constat mais à l’action. Et si cette conférence a permis d’apporter des pistes concrètes, elle a aussi rappelé que la réussite de cette transition dépendra de l’engagement de toutes et tous : responsables politiques, militants et militantes, citoyens et citoyennes. Car, selon la formule qui a marqué les échanges tout au long de la soirée, « l’écosocialisme, c’est le socialisme ». Une manière d'affirmer que la transition écologique ne sera durable que si elle est aussi synonyme de progrès social.
Auteur : Henri Brunet