Qu’est-ce que le tronc commun ?
Le tronc commun, c’est une réforme fondamentale de l’enseignement visant à offrir à tous les élèves, de la 1ère maternelle à la 3e secondaire, un parcours d’apprentissage commun. Cette approche permet aux jeunes de découvrir un large éventail de compétences académiques, manuelles, numériques et techniques, avant de devoir choisir une orientation plus spécialisée. Objectif : lutter contre les inégalités, élever le niveau général et éviter les orientations précoces souvent injustes.
Cette réforme, construite avec tous les acteurs de l’école, avait été pensée pour accompagner les enfants dans un monde en constante évolution. Elle devait être pleinement mise en œuvre en septembre 2026. C’était sans compter sur un revirement politique brutal.
Un abandon politique qui sème le chaos dans les écoles
Ce 7 octobre 2025, le gouvernement MR-Engagés a décidé de mettre fin au tronc commun en 2e secondaire, supprimant de facto la 3e année commune. Cette décision rompt avec une décennie de travail collectif mené par les enseignants, les directions, les syndicats, les parents et les experts pédagogiques. Tous avaient investi des milliers d’heures pour préparer une réforme structurelle, ambitieuse et tournée vers l’avenir.
Le retour précipité à des filières dès la 3e année secondaire, avec des options différenciées, remet en selle un modèle ancien, ségrégatif et inefficace. Là où les élèves devaient encore avoir le temps d’explorer leurs aptitudes, ils seront désormais triés, orientés, parfois relégués, à peine sortis de la 2e.
Une réforme idéologique et déconnectée du terrain
Le gouvernement actuel impose une réforme qui va à l’encontre de toutes les recommandations scientifiques et pédagogiques. De nombreux pays ayant adopté des parcours communs plus longs affichent de meilleurs résultats éducatifs et moins d’inégalités. En Belgique, au contraire, ce choix politique renforce une logique de sélection précoce, source d’échec scolaire et de reproduction des inégalités sociales.
Le projet du MR et des Engagés prévoit que plus d’un tiers de la grille horaire en 3e sera laissé au choix des écoles, avec des « voies » qui risquent de réintroduire une hiérarchie entre élèves. Le principe même du tronc commun est ainsi vidé de son sens, tout comme l’idée d’une épreuve commune de fin de cycle.
Une mise en œuvre précipitée et budgétairement insoutenable
En plus d’être pédagogiquement contestable, cette réforme est mal préparée. Les écoles n’ont aucune visibilité sur les futurs décrets, les grilles horaires ni les conditions d'engagement des enseignants. Le calendrier est irréaliste : en janvier 2026, alors que les inscriptions en 1re secondaire auront déjà démarré, les textes législatifs ne seront pas encore votés.
Pire encore : ce retour aux options coûtera jusqu’à 60 millions d’euros par an à la Fédération Wallonie-Bruxelles, en pleine période d’austérité imposée par ce même gouvernement. Une dépense idéologique, non prioritaire, qui va creuser un peu plus le déficit.
Un projet de société rétrograde
Cette réforme signe l’échec d’une vision progressiste de l’école. Elle ne répond ni aux attentes des enseignants ni aux besoins des élèves. Elle illustre une fois de plus l’écart grandissant entre les décisions politiques du gouvernement MR-Engagés et la réalité du terrain éducatif.
Elle démontre aussi une tendance inquiétante : sacrifier l’avenir des jeunes au nom de considérations budgétaires ou idéologiques, sans concertation réelle, et en niant les preuves accumulées par la recherche.
Une trahison politique et un recul éducatif
« Les Engagés voulaient incarner le courage de changer, mais leur marque de fabrique est devenue le renoncement. Elisabeth Degryse ne peut pas d’un côté réclamer à tous les secteurs de faire des efforts budgétaires mais de l’autre décider de creuser le déficit de 60 millions d’euros par an pour satisfaire une lubie passéiste du MR. Une lubie qui va en plus générer une surcharge de travail et une imprévisibilité complète pour les équipes éducatives tout en ramenant les élèves à une logique d’orientation précoce dont l’inefficacité est dénoncée par la majorité des acteurs » souligne Martin Casier, chef de groupe PS au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
