Face à la flambée historique des loyers (+6,2 % en 2025) et à des factures énergétiques toujours plus élevées, le Groupe PS au Parlement wallon a présenté sa proposition de décret visant à moduler l’indexation des loyers selon la performance énergétique des logements (PEB) en commission ce mardi. Simple, juridiquement éprouvée et immédiatement opérationnelle, cette mesure aurait constitué un premier pas vers une régulation plus juste du marché locatif tout en répondant à l’urgence de la rénovation du parc immobilier. La majorité MR/Les Engagés l’a rejetée.
Un outil clair et équitable : protéger les locataires et soutenir les propriétaires vertueux
La crise du logement pèse sur les ménages modestes et la classe moyenne : hausse continue des loyers wallons (+6,2% en 2025 pour 2 % à Bruxelles et 1,8% en Flandre) en raison d’une offre insuffisante et de l’explosion des prix à la suite de la réforme des droits d’enregistrement ; coûts énergétiques toujours supérieurs à ceux d’avant la crise de 2022, qui augmenteront encore avec les récentes décisions du gouvernement fédéral (hausse des accises sur le gaz et le mazout) et avec l’arrivée en 2028 du système européen « ETS2 » qui renchérira encore tous les combustibles fossiles.
Concrètement, la proposition du PS visait à limiter l’indexation des loyers en fonction du PEB :
- Pour les PEB D, l’indexation n’aurait pu excéder 75 % de l’indexation théorique ;
- Pour les PEB E, l’indexation n’aurait pu excéder 50 % de l’indexation théorique ;
- Pour les PEB F ou G (ou les logements ne disposant pas de certificat PEB), toute indexation aurait été interdite.
Déjà appliqué temporairement en 2022–2023 pendant la crise énergétique, sous l’impulsion du Ministre du Logement de l’époque, Christophe Collignon, ce mécanisme a montré son efficacité. Le PS proposait de l’inscrire dans la durée, afin de protéger le pouvoir d’achat des locataires et accélérer la rénovation énergétique du parc locatif.
Une logique gagnant-gagnant
La mesure proposée crée une incitation simple : le loyer d’un logement de PEB A, B, C peut être indexé librement ; le loyer d’une passoire énergétique ne peut plus être indexé comme un logement performant.
C’est bénéfique pour les locataires et leurs factures de chauffage, car cela encourage les propriétaires à mettre sur le marché des logements performants énergétiquement ; et, lorsque ce n’est pas le cas, le locataire - souvent plus précaire - voit au moins l’indexation de son loyer limitée. C’est également bénéfique pour les propriétaires vertueux, qui peuvent continuer à indexer normalement les loyers de leurs logements bien isolés, tandis que les autres sont incités à réaliser des travaux s’ils souhaitent retrouver une indexation pleine. Enfin, la mesure est bénéfique pour le climat, grâce à l’accélération de la transition énergétique, ainsi que pour le secteur de la construction, actuellement en souffrance.
En commission, le PS a insisté sur la nécessité urgente de renforcer les primes « rénovation », fortement réduites par la majorité MR/Les Engagés. Sans soutien aux petits bailleurs (très majoritaires en Wallonie), aucune rénovation d’ampleur n’est possible.
« La majorité MR/Les Engagés ne prend pas la mesure de la crise du logement : les locataires sont pris à la gorge et les petits propriétaires vertueux sont laissés de côté. Notre mesure est pourtant simple, mesurée et déjà éprouvée pendant la crise énergétique. Et surtout, le Gouvernement pratique un « deux poids, deux mesures » insupportable : il refuse dans le privé ce qu’il met en place dans le public avec le “loyer chaud”, en liant les loyers sociaux à la performance énergétique. C’est injuste. On ne peut plus accepter qu’un logement énergivore soit indexé comme un logement performant », rappelle Christophe Collignon, primo-signataire de la proposition de décret » rappelle Christophe Collignon, primo-signataire de la proposition de décret.
« Ce texte porte une vision de long terme : garantir à chaque Wallon un logement abordable. En modulant l’indexation selon le PEB, nous instaurons une véritable logique d’équité et de responsabilité. La transition énergétique doit aller de pair avec la justice sociale. Ce rejet de la majorité est une claque pour les locataires d’une passoire énergétique ! » conclut Laurent Devin, cosignataire de la proposition de décret.