My PS

Tour de chant
 
 
Comme la lutte est belle quand elle est finale ! Si l'on se groupe, demain, L'Internationale sera le genre humain.

Par Jean-Pol Baras, Secrétaire général du PS

Dans le coron de mon enfance, il y avait un vieux militant socialiste qui me prenait à ses côtés chaque fois que nous l'entonnions avec émotion et qui, faisant preuve d'une fidélité systématique à ce juste élan, Groupons-nous et demain, me susurrait à l'oreille : Dis, c'est quand demain ?.... Par-delà l'angoisse de l'interrogation, toute l'histoire de la gauche transparaît. Gramsci l'avait condensé en une formule vigoureuse : Le pessimisme de la conscience, l'optimisme de la volonté, ce que Francis Scott Fitzgerald avait traduit en littérature par : Il faut savoir que les choses sont sans espoir et tout faire cependant pour vouloir les changer.

L'Internationale n'est pas qu'empreinte de solennité dans sa période de naissance. Pour ce qui concerne les paroles, toute la mythologie du combat populaire est présente. Eugène Pottier participe à toutes les révoltes prolétariennes du XIXe siècle jusqu'à ce que, pendant la Commune de Paris, il écrive les strophes de notre chant dans la clandestinité, après la semaine sanglante des 22 et 28 mai 1871. Il dut quitter la France et suivit le même chemin que Victor Hugo en exil : la Belgique, puis Jersey et Guernesey, avant de gagner les Etats-Unis. Il devra attendre une loi d'amnistie pour retourner dans son pays en 1881. Il achèvera sa vie à Paris en posant nu pour les élèves des Beaux-Arts en échange d'un salaire de misère. C'est après la mort d'Eugène Pottier, en 1887, qu'un Lillois né à Gand, Pierre De Geyter, tourneur sur bois qui se piquait de compositions musicales, eut envie de garnir de notes le poème de Pottier. L'Internationale fut jouée pour la première fois un dimanche, sur un paisible harmonium d'église, pour la fête du Syndicat des marchands de journaux de Lille. Mais ce n'est qu'en 1896, au XIVe Congrès du Parti Ouvrier Français - onze ans après la création du Parti Ouvrier Belge - que les travailleurs l'adopteront comme chant de ralliement.

On n'en était encore qu'aux prémices du sordide. En 1901 en effet, coup de théâtre : Adolphe De Geyter, le frère de Pierre, déclara que c'était lui le véritable auteur de la musique de L'Internationale. Des querelles judiciaires entre les deux frères commencèrent. L'affaire fut instruite pendant de longues années. Le tribunal trancha en faveur d'Adolphe tandis que Pierre prétendit que son frère bénéficiait de protections politiques. Par bonheur, la morale fut sauve : en 1915, en plein conflit mondial, poursuivi par le remords, Adolphe de Geyter se pendit après avoir confessé son mensonge et reconnu dans une lettre à ses amis que son frère était bien le seul auteur de la musique de L'Internationale. Pierre put alors faire casser le jugement. Lorsqu'il mourut, en 1932, on lui réserva des funérailles grandioses. A Moscou, une rue porte encore aujourd'hui son nom. Le genre humain est sauf. Il n'empêche : durant toute sa vie, Marguerite Eckert, née en 1903, petite-fille d'Eugène Pottier, a réclamé des droits d'auteur. Jamais elle n'en reçut le moindre centime, l'hymne des prolétaires étant tombé dans le domaine public presque de manière naturelle.

La raison tonne en son cratère et voici déjà l'éruption de la fin. Que cet examen lucide de la petite histoire ne nous empêche cependant pas de continuer à vibrer, le poing levé : nous avons encore tant de damnés de la Terre à faire vivre debout !
Vous avez les coeur à chanter ?
Découvrez les paroles de l'Internationale et du Chiffon rouge.

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Mise en ligne et/ou actualisée le 18/04/2009 Mise en ligne et/ou actualisée le 18/04/2009